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Dans la foulée de la levée des sanctions américaines, le président russe Vladimir Poutine a annoncé vendredi que de nouvelles étapes avaient été franchies dans la construction du gazoduc Nord Stream 2. Destiné à fournir du gaz russe à l’Europe, ce chantier a connu de nombreux obstacles qui l’ont considérablement ralenti.

Nord stream 2, le chantier de la discorde

« Il y a deux heures et demie, la pose de la première ligne du gazoduc Nord Stream 2 a été achevée avec succès. Le travail sur la deuxième ligne se poursuit » a ainsi déclaré le président lors de la session plénière du forum économique de Saint-Pétersbourg.

« Du côté allemand, les tubes sont arrivés. Du côté russe, il faut les soulever et les souder, c’est tout. Mais la pose elle-même est terminée » a-t-il précisé, avant de déclarer que « Gazprom est prêt à remplir Nord Stream 2 de gaz ».

Vladimir Poutine a rappelé que ce processus durerait encore dix jours et que le deuxième tube pourrait être prêt dans un mois et demi à deux mois.

Avec une capacité annuelle de 55 milliards de m3, Nord Stream 2 a pour objectif de doubler les capacités de livraison de gaz naturel russe vers l’Europe. Il doit passer par la mer Baltique de la Russie à l’Allemagne, en contournant l’Ukraine. Il reste aujourd’hui à peine 10 % du gazoduc à construire.

Des enjeux économiques et politiques

Sa mise en service était initialement prévue début 2020 mais l’opposition de plusieurs pays européens (la Pologne, les pays baltes et l’Ukraine) ont ralenti le projet. Ces opposants ont rapidement été soutenus par les Etats-Unis qui ont brandi la menace de sanctions à l’encontre de toutes entreprises qui aideraient la Russie à mener à bien ce projet.

Ses détracteurs redoutent que ce gazoduc à plus de 10 milliards d’euros n’accroisse la dépendance de l’Union européenne au gaz russe et n’offre à Moscou la possibilité d’exercer certaines pressions politiques.

L’Ukraine craint également que, en la contournant, la Russie ne la prive d’une source importante de revenus.

Une fois fonctionnel, Nord Stream 2 récupérerait en effet une partie du trafic du gazoduc Nord Stream 1 qui, lui, transite par l’Ukraine. Kiev se verrait alors amputée des droits de péage qui lui étaient versés au titre du trafic gazier traversant son territoire.

L’Ukraine amène également le débat sur le terrain politique : soutenir la Russie dans son projet, c’est, en quelque sorte, valider l’annexion de la Crimée et prendre partie dans la guerre du Donbass.

Du côté de ses partisans, on réfute de telles accusations et, l’Allemagne en tête, on rappelle qu’il s’agit d’un projet purement commercial qui ne doit pas faire l’objet de considérations politiques.

Une levée inattendue des sanctions EU contre Nord Stream 2

Coup de théâtre le 19 mai : à l’occasion du conseil de l’Arctique, Washington a annoncé lever les sanctions contre Gazprom, la société exploitante du gazoduc.

Une vraie surprise lorsque l’on sait que, comme Donald Trump, Biden était opposé au projet.

Lors de la réunion de l’OTAN du 23 mars dernier, le secrétaire d’Etat Anthony Blinken répétait encore « Le président Biden a été très clair lorsqu’il a dit que ce projet de gazoduc est une mauvaise idée pour l’Europe et pour les Etats-Unis. »

Au-delà de l’aspect politique, les Etats-Unis redoutent que le Nord Stream 2 n’offre la victoire à la Russie dans la guerre du gaz que se livrent les deux pays.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont devenus le troisième exportateur de GNL, juste derrière l’Australie et le Qatar.

Avec la révolution du gaz de schiste, le pays est même devenu le 1er producteur mondial de gaz : une superproduction qui l’a poussé à investir massivement dans des installations d’exportation afin d’écouler ses stocks. Mais la Russie talonne le trio de tête de près.

Et Nord Stream 2 risque de faire bouger l’échiquier gazier.