pied de pylone electrique a la nuit tombante

Le temps passe et la réforme d’EDF ne semble toujours pas être sur le point d’aboutir.

Après Hercule, quel « plan B » ?

A tel point que, auditionnée à l’Assemblée nationale, Barbara Pompili a évoqué la possibilité de devoir recourir à un plan B, « qu’il n’est pas si facile de trouver ».  Quoi qu’il en soit, le gouvernement sera « intransigeant » pour éviter un démantèlement ou un prix de rémunération du nucléaire trop faible, a martelé Mme Pompili.

« Les discussions sont intenses » et les « négociations difficiles », « mais si on ne trouve pas d’accord, on ne restera pas les bras croisés, le statu quo n’est pas envisageable », notamment compte tenu des interrogations liées à l’ARENH, aux concessions hydroélectriques et aux problématiques de financement d’EDF.

Des divergences qui persistent

Le gouvernement souhaite un nouveau mode de régulation pour le parc nucléaire existant afin de satisfaire aux attentes d’EDF, qui doit actuellement vendre une partie de sa production à ses concurrents à un prix fixe qu’il estime trop peu élevé. Mais cela nécessite l’accord de la Commission européenne et aura forcément des conséquences sur l’organisation de l’entreprise a souligné Mme Pompili.

Bruxelles « demandera à avoir la garantie que cette régulation ne s’applique bien qu’à l’activité de production nucléaire et pas aux autres activités : qu’il n’y aura pas de ce qu’on appelle des subventions croisée ». D’où la possibilité, que refusent en bloc salariés et syndicats, de créer 3 entités  :  EDF Bleu qui permettrait de sanctuariser le nucléaire, EDF Azur pour l’hydroélectricité et qui prendrait la forme d’une quasi régie, et EDF Vert pour les énergies renouvelables, la distribution et la commercialisation d’électricité.

« La solution de la quasi régie est à l’étude parce qu’elle ferait en sorte de maintenir les installations dans une structure 100 % publique contrôlée par l’Etat. Cela nous permettrait de relancer les investissements dans nos barrages et de redistribuer les ressources financières dans nos territoires. »

Quant aux activités réseaux d’EDF, la ministre se veut rassurante : « le principe de réorganisation d’Hercule ne remettra pas en cause le fonctionnement d’Enedis ni la nature de ses relations avec les collectivités territoriales. L’acheminement et le raccordement resteront des missions de service public. »

Pas de calendrier en vue

Avec Bruxelles, « nous sommes sur un échange sur les grands principes, mais cela ne préemptera pas le débat parlementaire. Une loi spécifique sera nécessaire » et, « la réorganisation du groupe sera débattue au sein d’EDF et avec les partenaires sociaux ». Mais encore faut-il qu’il y ait matière à débattre… Or, comme le rappelle Barbara Pompili, tant que les discussions se poursuivent avec Bruxelles, rien n’est acté, et donc rien ne peut être débattu.

La Ministre annonce également ne pas pouvoir se prononcer sur un « calendrier », même si « ces semaines-ci devraient permettre de clarifier la position de la Commission européenne ».

Un manque de visibilité qui nuit aux consommateurs finals

En ouverture du congrès Gazelec, les acteurs de l’énergie se sont exprimés ce matin sur le projet Hercule et le devenir de l’ARENH. Tous pointent un manque de visibilité qui nuit tant aux opérateurs actifs sur le marché de l’énergie qu’aux consommateurs.

Frank Roubanovitch Président du CLEEE explique ainsi que la « raison pour laquelle on a besoin de l’ARENH, c’est que c’est maintenant qu’il faut électrifier massivement. Mais pour investir dans l’électricité, il faut une visibilité sur les prix de l’électricité » et si possible dans un tarif acceptable.

Sans avancée sur l’ARENH, Aurore Le Gouez consultante en énergies chez Ecg Energie Consulting évoque même une mise en danger du tissu industriel français, puisque cela réduit les possibilités de projection et, à terme, la sécurisation des budgets. « Il nécessaire de donner de la visibilité aux consommateurs, c’est lui qui paye » alerte-t-elle. Marc Boudier, Président de l’AFIEG, se rallie à cet avis, souhaitant que le prix de l’ARENH se rapproche  » des coûts supportés par le nucléaire, quitte à augmenter » mais tout en restant compétitif. Il rappelle d’ailleurs que si le prix de l’électricité augmente « ce n’est pas du fait de la concurrence, les fournisseurs ne margeant pas sur l’ARENH » : la hausse trouve son explication du côté de l’augmentation des taxes et des couts réglementaires.

Nicolas Goldberg, Senior Manager Colombus Consulting et animateur de la table ronde, regrette quant à lui qu’on ne puisse « avancer sur l’ARENH » indépendamment du sujet Hercule « politiquement explosif ».

Côté CLEEE, on tempère, « mieux vaut un statu quo que de l’ARENH seulement accessible aux particuliers et aux TPE », comme cela a pu être évoqué. « Prenons le temps de faire une réforme euro compatible et qui soit au bénéfice des consommateurs ».