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La CRE a publié son rapport de surveillance des marchés de gros de l’électricité et du gaz naturel pour l’année 2020. On fait le point.

Une année sous Covid

L’année 2020 a été marquée par la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19, qui a donné lieu à des conditions exceptionnelles à plusieurs égards.

La consommation a fortement été affectée par les mesures de confinement, ce qui a tiré les prix à la baisse. La pandémie est venue aussi perturber la gestion du parc de production nucléaire en France, avec, pour conséquence, des effets en cascade sur les programmes de maintenance. Au niveau mondial, les prix des matières premières ont connu une période de forte baisse, avec une reprise amorcée en fin d’année dans un contexte plus optimiste relatif à la fin de l’épidémie et à une reprise économique mondiale.

« Malgré cette situation exceptionnelle, aucun dysfonctionnement n’a été observé quant au fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France en 2020, qui ont rempli sans discontinuer leur fonction d’établissement des prix de l’énergie. » se félicite la CRE.

 

Une surveillance accrue des publications liées à la disponibilité du parc nucléaire

La CRE annonce avoir surveillé particulièrement « la qualité des publications concernant la disponibilité du parc de production d’électricité français, compte tenu du fort impact de ces publications sur les prix de l’électricité en 2020. »

Le régulateur s’est notamment montré attentif en ce qui concerne les délais d’information. « Les délais de certaines publications ont donné lieu à l’ouverture d’enquêtes début 2021. »

Les services de la CRE ont par ailleurs réalisé en 2020 une étude sur la sensibilité du prix de marché de l’électricité français aux publications des indisponibilités des moyens de production en France.

« Cette étude apporte des éléments quantitatifs sur la sensibilité moyenne du prix infrajournalier de l’électricité en France à la publication d’une information privilégiée et sera publiée par la CRE au deuxième semestre 2021. »

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Les prix des matières premières en forte baisse

L’épidémie de COVID-19 et les confinements décidés pour l’endiguer ont fortement affecté l’économie mondiale. En début d’année, la baisse de la demande mondiale a ainsi entraîné une chute des prix des matières premières et notamment du pétrole. La baisse du baril a par ailleurs été amplifiée par des désaccords entre les pays producteurs de pétrole pour réduire la production. En avril, le pétrole américain a ainsi même enregistré brièvement des prix négatifs.

Les prix des matières premières ont ensuite connu une légère reprise, marquée cependant par les incertitudes concernant la fin de l’épidémie et la reprise de l’économie mondiale.

En fin d’année, une forte hausse s’est amorcée notamment avec la perspective de l’arrivée de vaccins et de la reprise de l’économie mondiale.

Le CO2 finit 2020 sur une hausse marquée

Les prix des quotas d’émissions de CO2, affectés également en mars par la crise sanitaire, ont clôturé l’année en forte augmentation atteignant 33,4 €/tCO2. L’année 2020 a été marquée par la fin de la troisième phase du mécanisme européen d’échange de quotas d’émissions, et la quatrième phase entamée en 2021 confirme l’ambition européenne avec une accélération de la réduction annuelle des plafonds d’émissions. Ainsi, malgré le ralentissement économique en 2020 lié à la crise sanitaire, le marché du carbone demeure un outil majeur de décarbonation de l’Union européenne.

Electricité : les prix plongent avant de se redresser fortement au 2nd semestre

Face à une consommation en baisse, la production d’électricité a dû s’adapter. La faiblesse de la demande ainsi qu’une production éolienne et photovoltaïque élevée (7,7 TWh entre le 17 mars et le 11 mai au lieu de 6,5 TWh sur cette période en 2019) ont conduit à moins solliciter les moyens thermiques, dont la production a baissé de 53 % par rapport à la même période l’année précédente). La production nucléaire a diminué de 18 % pour atteindre son minimum historique pour la même période.

Ce nouvel équilibre de l’offre et de la demande ainsi que la forte baisse des prix des matières premières ont entrainé une très forte baisse des prix de l’électricité sur les marchés spot : le prix moyen day-ahead en France sur cette période s’est établi à 15,3 €/MWh (37,8 €/MWh en 2019).

Au deuxième semestre, une certaine tension est apparue :  les prix à court terme ont été tirés à la hausse par une faible disponibilité du parc nucléaire, des périodes anticycloniques réduisant la production éolienne en Europe et la hausse généralisée des prix des matières premières en fin d’année sur fond d’optimisme sur la fin de la pandémie et la reprise économique mondiale.

« Ainsi, le spot a été supérieur à 100 €/MWh pendant 6h et a atteint jusqu’à 200,0 €/MWh (niveau non atteint depuis novembre 2018). Le prix spot moyen en décembre 2020 s’est élevé à 48,4 €/MWh, le prix moyen mensuel le plus haut depuis janvier 2019 (à 61,2 €/MWh). La consommation a été moins affectée au deuxième semestre, restant inférieure à la normale de 2 à 4 %. »

Les prix à terme de l’électricité ont dans un premier temps accusé une baisse, dans le sillage de la baisse des prix des matières premières. Le Cal- 2021, qui était de 45,7 €/MWh le 2 janvier 2020, chutait ainsi à 37,4 €/MWh le 18 mars.

Par la suite, les prix sont remontés, montrant ainsi « une sensibilité particulière aux annonces d’EDF concernant la disponibilité du parc de production nucléaire ».

La CRE analyse que « les perturbations « en cascade » des maintenances programmées sur le parc nucléaire ont conduit à des inquiétudes sur l’équilibre offre-demande à l’hiver 2020-2021, se traduisant par une hausse des prix à terme pour cette échéance. Le 30 juin, le produit annuel 2021 atteignait 48,7 €/MWh. »

A partir de l’été, l’amélioration de la disponibilité prévisionnelle pour l’hiver a apaisé cette tension.

En fin d’année, la hausse généralisée des prix des matières premières et des quotas de CO2 a contribué à une nouvelle hausse des prix à terme. Ainsi, entre le 20 novembre et le 28 décembre 2020, le Cal- 2021 marque une augmentation de 39 %, passant de 42,0 €/MWh à 53,2 €/MWh.

 

Mécanisme de capacité : une évolution structurelle de son architecture doit être envisagée

 La crise sanitaire ayant affecté la disponibilité du parc de production d’électricité, les prix des enchères de capacité en 2020 ont atteint des niveaux très élevés : près de 48 k€/MW pour l’année de livraison 2021 et 54 k€/MWh pour l’année de livraison 2020.

Par la suite, les annonces plus optimistes de RTE quant à la sécurité d’approvisionnement ont impacté les prix à la baisse.

« L’équilibre global du mécanisme pour l’année 2020 n’est cependant pas encore connu, le calcul final des obligations ayant lieu trois ans après l’année de livraison. » alerte néanmoins la CRE.

« Pour l’hiver 2020-2021, RTE a par ailleurs proposé à titre exceptionnel d’assouplir certaines dispositions du mécanisme de capacité afin d’inciter les exploitants de capacité de production et d’effacement à maximiser leur disponibilité sur cette période, et ces propositions ont été approuvées par la CRE par une délibération du 10 septembre 2020. » rappelle-t-elle encore

En tout état de cause, la CRE mène une analyse approfondie sur la hausse des prix de 2020 afin de s’assurer qu’elle reflète bien les fondamentaux du marché et réitère les critiques relatives à l’architecture actuelle dumarché de capacité, critiques déjà formulées dans ses rapports de surveillance des marchés de gros en 2018 et en 2019.

Gaz : après la baisse, les prix se sont clairement redressés

L’année 2020 a débuté avec des prix à terme suivant une tendance baissière dans la poursuite de la baisse amorcée en 2019. Le développement de la pandémie a contribué à tirer les prix à terme encore plus à la baisse, en particulier le Cal- 21 sans que celui-ci ne descende en dessous du seuil de 11,8 €/MWh. Les mouvements de prix ont par la suite évolué entre 11,8 €/MWh et 14,2 €/MWh du mois de mars au mois de septembre.

En fin d’année, les perspectives de reprise économique avec l’annonce de la prochaine mise en service des vaccins contre le COVID-19 ont contribué à tirer les prix à terme à la hausse.

Le Cal-21 est ainsi remonté en fin d’année à 16,9 €/MWh, un niveau de prix proche de celui du début de l’année de 16,3 €/MWh.

Cette hausse s’explique par les prix haussiers du carbone et du pétrole, l’influence des prix du GNL livré en Asie et la forte sollicitation des stockages.