poteau electricite coucher de soleil

Une réforme bénéfique

Une opportunité ou une erreur majeure ? Le projet Hercule divise dans les rangs politiques comme dans ceux d’EDF et jusqu’à l’ensemble de la population française. Pour Jean-François Carenco en tous cas, les choses sont simples non seulement « le statu quo n’est pas tenable » mais Hercule est même « nécessaire » pour l’avenir du système énergétique français.

Auditionné par la Commission des affaires économiques le 3 mars, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) s’est clairement prononcé en faveur du projet de restructuration d’EDF et ce du point de vue « de la défense du consommateur, résidentiel comme industriel ». Le Régulateur plaide également pour une réforme de l’ARENH.

L’ARENH a été favorable au consommateur

Carenco est longuement revenu sur l’ARENH.  Il a notamment rappelé que ce dispositif a été mis en place pour que tous les consommateurs puissent bénéficier de la rente nucléaire, à une époque où les acteurs de l’énergie comme les politiques étaient « persuadés que l’électricité allait passer jusqu’à 200€/MWh et où seuls 3 fournisseurs alternatifs étaient actifs sur le marché de l’électricité ».

Carenco souligne encore que si aujourd’hui l’ARENH peut être jugé inefficace, sa mise en œuvre « a permis de sauver le consommateur pendant des années ». Il regrette ainsi ce qualitatif de « pervers » si régulièrement accolé à l’ARENH.

Cependant, il concède pleinement qu’à présent le dispositif doit évoluer, le maintien du quota de 100 TWh étant insuffisant aux plus de 40 fournisseurs alternatifs désormais actifs (sans compter les ELD) et exposant les TRVE à la volatilité du marché. Par ailleurs, « son caractère asymétrique pénalise EDF », alors que l’Electricien est lourdement endetté.

Ainsi que la CRE l’a indiqué, il serait souhaitable d’augmenter le plafond jusqu’à 150 TWh et le prix de l’ARENH à « 48 €/MWh » (au lieu des « 53 € demandés par EDF »).

« Vous avez évoqué ces dispositions dans la loi Energie-Climat mais le gouvernement n’a pas souhaité les activer en raison des négociations en cours avec la Commission européenne. » rappelle Carenco aux députés de la commission.

« Un des enjeux actuels des négociations est de rehausser le prix de l’ARENH et de l’appliquer à toute la production nucléaire pour qu’EDF puisse avoir les moyens d’investir et faire bénéficier au consommateur des avantages de la rente nucléaire, de la souveraineté énergétique de la France et d’une énergie décarbonée » commente-t-il encore.

Or cette réforme de l’ARENH est liée à la réussite d’HERCULE et de son approbation par Bruxelles : « Notre système énergétique est européen et les règles du jeu sont européennes ».

Hercule, EDF et Bruxelles : une relation tripartite

« Sans l’Europe, la France de l’énergie serait misérable. Et j’aimerais qu’Edf soit un fleuron européen de l’énergie et un leader des énergies renouvelables en Europe » explique Carenco. Plus largement, « Hercule répond aux projets du nouveau système énergétique français ». Un « EDF nucléaire » appartenant à 100 % à l’Etat lui semble « logique ». Un « EDF azur » permettrait de résoudre la problématique des concessions hydroélectriques, « un conflit qui fragilise la situation de la France en Europe ». Enfin un « EDF vert » ouvert aux investisseurs, à hauteur d’un maximum de 33 % préconise-t-il (Carenco répétera plusieurs fois que EDF, tel que l’entreprise existe actuellement, compte 17 % de capitaux privés), permettrait d’élargir les leviers d’investissement de la transition énergétique. « La situation actuelle d’EDF ne lui permet pas d’investir correctement ni dans le nucléaire ni dans les énergies renouvelables ». Aujourd’hui, « EDF peine à se constituer une base d’actifs dans les EnR », en France particulièrement, réalisant en effet « 95 % de ses investissements dans les réseaux et les centrales nucléaires », alors que le Grand Carénage est en cours (estimé à 49,4 milliards d’euros courants par EDF). A titre de comparaison, Carenco invite à regarder chez nos voisins espagnols où Enel comme Iberdrola ont consacré 40 % de leurs investissements aux EnR en 2019.

« De plus les investisseurs s’intéressent aux EnR », notamment en raison des orientations européennes en faveur de la transition écologique.

Avec Hercule, EDF pourrait enfin avoir les moyens d’investir dans les EnR, ce qui est « indispensable à l’atteinte des objectifs de la PPE ».

L’avenir d’ENEDIS menacé par Hercule ? « Faux » dit la CRE

« Certains disent qu’intégrer Enedis dans EDF vert menace la préréquation tarifaire, les investissements sur le réseau et les missions essentielles de service public » : un discours « totalement infondé » pour Carenco. Ce qui remettrait en cause la capacité d’Enedis à remplir ses objectifs ne sera pas Hercule mais un manque de budget. D’ailleurs la CRE a fait en sorte qu’Enedis ait les moyens de ses ambitions « en mettant en place le Turpe 6 » qui dégagera 69 mds € pour les investissements du gestionnaire de réseau.

« La difficulté ne vient pas d’Hercule mais de l’évolution du monde. Jusqu’il y a 10 ans, on se contentait de tirer les lignes » et « les collectivités locales n’avaient pas de compétences techniques particulières ». Or, aujourd’hui, les enjeux se sont déplacés : « ce qui est en cause c’est la capacité des territoires à absorber les réseaux intelligents, à développer les prises pour les voitures électriques, à multiplier les points d’injection » déclare Carenco. « La relation entre les collectivités locales et Enedis change, une évolution qui intervient dans un contexte de décentralisation générale », « il nous faut réinventer une relation constructive entre le réseau, qui doit rester monopolistique et préréqué, et les collectivités locales » argumente le Régulateur. Ce que, selon lui, permettrait Hercule.

 Les enjeux de la transition énergétique « imposent de sortir de la stricte résistance « 

 Si elle veut réussir sa transition énergétique, la France doit, concomitamment, travailler à « baisser la part du nucléaire » dans son mix énergétique, à réduire sa consommation (« grâce à l’optimisation », Carenco citant l’exemple de ces communes qui éteignent leurs éclairages publics la nuit), développer la flexibilité (interconnexions avec l’Europe, stockage, effacement, interruptibilité) et investir dans les EnR. Autant de défis que le projet Hercule permettrait de relever, « tout en garantissant l’avenir du consommateur » explique Carenco.

La transition énergétique prime, mais pas à n’importe quel prix

Sommé de s’exprimer sur la hausse constante de la facture d’électricité depuis 10 ans, la CRE rappelle que son rôle n’est pas « de défendre la facture du consommateur à l’instant T mais sur l’avenir ». Carenco tient aussi à souligner que, entre 2010 et 2021, si les tarifs de réseaux ont augmenté de 33 %, si ceux de la production ont augmenté de 35 %, « les taxes ont augmenté de 72% ».

Il est donc essentiel de repenser l’ARENH afin de « maintenir un prix qui assure au consommateur un retour sur la rente nucléaire ». Allant plus loin, il estime que ce n’est pas Hercule qui risque de peser sur les coûts de l’électricité mais plutôt « la dérive des prix des EnR », et « leur envolée incontrôlée due à la mode ». Il faut ainsi se méfier « d’un engouement sur les EnR quel qu’en soit le coût » alerte-t-il. « Vous savez que des terrains se vendent pour faire du photovoltaique jusqu’à 30 000 €/ha alors que le retour d’une production agricole est de 600 €/ha en moyenne ? » argumente-t-il, ce qui peut « faire monter les prix de l’électricité » et « tuer l’agriculture » …

Mercredi 10 mars ce sera au tour de l’Intersyndicale d’EDF d’être entendue par la Commission des affaires économiques et « La musique sera peut-être différente » prédit Roland Lescure, qui préside la Commission.