Jusqu’à l’ouverture des marchés de l’énergie, les entreprises ne pouvaient que jouer sur leur volume de consommation pour réduire leur budget de gaz naturel. Aujourd’hui, la donne a changé, entre des prix volatiles, des évolutions réglementaires de plus en plus complexes, des fournisseurs de plus en plus nombreux… Optimiser ses achats d’énergie requiert connaissance et maitrise du marché et de ses mécanismes.

Opéra Energie fait le point

Comment ont évolué les prix de gros du gaz naturel en 10 ans ?

Le schéma ci-dessous représente l’évolution des prix de gros du gaz naturel, depuis le 1er janvier de l’année 2012.

évolution prix gaz 2012-2019

 

Chaque point de la courbe représente la cotation, pour une date donnée, de la livraison d’une quantité constante de gaz naturel, pour l’année civile suivante, en France[1]. Les prix affichés sont des cotations de marché de gros : elles ne correspondent donc pas au prix d’achat du gaz pour un consommateur final. En effet, il faudrait ajouter à ce prix de gros les coûts spécifiques d’approvisionnement de chaque site, ainsi que l’ensemble des autres composantes de la facture de gaz naturel : transport, stockage, distribution, taxes et contributions… Toutefois, l’évolution de ces prix de gros reste un paramètre essentiel, qui influe sensiblement sur le prix d’achat final du gaz.

Quels paramètres ont influé l’évolution des prix de gros[2] ?

D’une manière générale, les prix du gaz naturel sont relativement corrélés avec les prix du pétrole et du charbon, avec quelques spécificités toutefois. De 2012 à 2016, les prix ont chuté sensiblement, principalement sous l’effet du fort développement du gaz de schiste (offre supplémentaire), et du faible développement économique en Asie et en Europe (demande limitée). Dès 2016, la reprise économique, en Asie notamment, a tiré les prix de l’ensemble des hydrocarbures vers le haut. En 2018, cette hausse a été alimentée par les tensions géopolitiques (craintes de sanctions américaines contre l’Iran notamment), et par l’envolée des prix du carbone. En effet, les prix de la tonne de CO2 ont été multiplié par 3 au cours de l’année 2018. Or, l’impact du prix de ces « droits à polluer » est très important pour les centrales de production d’électricité à base de charbon. Tout hausse du prix des quotas CO2 rend ainsi les centrales à charbon peu compétitives, par rapport notamment aux centrales fonctionnant au gaz naturel. Ainsi, la hausse du prix du CO2 augmente la consommation de gaz naturel par ces centrales, et, par là-même… le prix du gaz naturel ! A l’automne 2018, les prix de gros du gaz naturel ont entamé une baisse sensible, sous l’impulsion de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la chine, et la baisse sensible de la demande asiatique. Cette baisse a connu une fin il y a quelques semaines, en lien notamment avec les tensions géopolitiques pesant sur le prix du pétrole.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution des prix de gros du gaz naturel depuis septembre 2018.

évolution prix gaz 2018-2019

La remontée sensible des prix,  amorcée fin mars 2019 est liée au durcissement des sanctions américaines contre l’Iran, qui devraient limiter très fortement la production d’hydrocarbure, et donc tirer les prix vers le haut. Même si l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis ont annoncé pouvoir compenser ce « manque à produire », le marché s’attend plutôt à une stabilisation, ou une hausse des cours du gaz naturel.

Peut-on faire des pronostics sur l’évolution des prix du gaz ?

Personne ne peut savoir en quel sens les prix vont évoluer ! Néanmoins, on peut tirer de l’analyse du passé les paramètres qui influeront sur les cours futurs du gaz naturel.

  • Toute tension géopolitique au Moyen-Orient tirera les prix vers le haut ;
  • L’évolution de l’économie asiatique (et donc de la demande de gaz) aura un impact sur l’évolution des cours du gaz ;
  • Enfin, une évolution des prix du quota CO2 aurait également une influence sur les prix de gros du gaz naturel.

Au sujet du prix du CO2, deux évènements structurels pourraient faire évoluer les cours :

  • Le Brexit, qui pourrait retirer les quotas britanniques (plutôt excédentaires), et donc faire augmenter les prix.
  • Toute instauration d’un prix plancher du carbone (évoqué à 30 – 35 € / tonne) qui ferait mécaniquement monter les prix (environ 25 € / tonne actuellement).

Sans modification sensible du contexte, les prix de gros dans les semaines à venir pourront donc a priori rester plutôt stables ou poursuivre leur hausse.

 

Bon à savoir :

On ne paye pas que le prix du gaz dans sa facture de gaz

Le prix de la molécule n’est en effet qu’une partie de la facture totale de gaz naturel, comme rappelé sur le schéma ci-dessous.

composantes facture de gaz

Ainsi, les coûts de transport, stockage et distribution, et les taxes associées, sont la plupart du temps indexés sur l’évolution de la réglementation. Certains fournisseurs peuvent proposer des prix qui fixent également ces paramètres, mais leurs prix sont alors très peu compétitifs. En effet, les fournisseurs anticipent des hausses et intègrent alors un surcoût sensible dans leur prix. Pour cette raison, il est largement conseillé de conserver les coûts réglementaires indexés sur l’évolution de la législation en vigueur.

 

Quels sont les paramètres d’une offre de gaz naturel ?

Une offre de fourniture de gaz naturel intègre 3 paramètres, sur lesquels un consommateur de gaz devra se positionner.

Durée de l’engagement

Les offres de fourniture du gaz naturel durent habituellement de 12 à 48 mois. Cependant, les durées les plus communément souscrites sont de 24 ou de 36 mois. Une offre de 12 mois implique de renégocier son contrat rapidement et régulièrement ; a contrario, s’engager pour 48 mois suppose de renoncer aux éventuelles opportunités de mise en concurrence pendant un laps de temps conséquent.

Date de signature / délai de décision

 Il n’existe pas de saisonnalité dans l’évolution des prix de gros du gaz naturel. Ainsi, il n’est pas intrinsèquement plus compétitif d’acheter du gaz au printemps, ou en automne. En revanche, il existe des périodes de tension, au cours desquelles les fournisseurs sont très sollicités, et parfois moins réactifs. Ces périodes de tensions sont avant les congés estivaux (juin – juillet), ainsi qu’en fin d’année. Une fois déterminée la date à laquelle on souhaite contractualiser, il est préférable de pouvoir prendre une décision rapidement. En effet, quand un fournisseur remet une offre de prix ferme, il prend un risque vis-à-vis de l’évolution des prix de marché. Il couvre ce risque en ajoutant un surcoût dans son prix. Bien entendu, plus le délai de validité de l’offre est long, plus ce surcoût est élevé. On estime ainsi qu’une journée supplémentaire de délai de validité d’une offre est d’environ 0,3 € / MWh pour un prix fixe. Pour un prix indexé, ce surcoût est quasiment négligeable en revanche.

Structure de prix du gaz

 Les contrats de fourniture de gaz naturel peuvent présenter plusieurs structures de prix « molécule » : 100% fixe, « clic », ou indexé.

prix fixe gazDans le cas d’un prix 100% fixe, le fournisseur achète la totalité du besoin en gaz naturel de son client, sur l’ensemble de la période de fourniture, dès la signature du contrat. Ainsi, le consommateur est assuré que la part « molécule » de sa facture restera inchangée tout au long du contrat. L’immense avantage de ce type de structure de prix est sa visibilité et sa simplicité. Aussi, il permet au consommateur de ne plus se préoccuper de la gestion de son prix d’achat du gaz, celui-ci étant déjà fixé pour plusieurs années.L’inconvénient de ce type de structure de prix est justement de figer le prix d’achat du gaz à un certain niveau, qui n’est probablement pas le plus compétitif sur une période plus longue.

 

Si l’on souhaite pouvoir optimiser le prix sur une période plus longue (on parle de « valeur temps »), d’autres structures de prix sont possibles.

 

prix clic gazUn prix « clic », par exemple, permet au consommateur de fixer son prix au moment qu’il souhaite, en plusieurs fois si nécessaire. Dans ce cas, le contrat signé avec le fournisseur de gaz naturel n’indique pas un prix, mais une formule de prix, basée sur les cotations du marché de gros du gaz naturel. A la date choisie par le consommateur, le fournisseur pourra appliquer cette formule au prix de gros du jour, fixant ainsi le prix « molécule ». Cette opération peut être réalisée en plusieurs fois. Bien entendu, il faut avoir « cliqué » la totalité du prix d’une année civile de livraison, avant le début de cette année. On se retrouve alors dans le cas d’un prix fixe, qui a été fixé sur une longue période, en une ou plusieurs fois, selon l’évolution des marchés et la stratégie d’achat de l’acheteur.

Dans le cas d’un achat par « clic », il est justement essentiel de définir une stratégie associée. Deux exemples principaux :

  • Moyenne: on clique de façon régulière une partie du volume. Par exemple : un clic de 25% par trimestre. L’avantage de cette méthode est sa simplicité et son « opposabilité » (par exemple vis-à-vis de la Direction de l’entreprise). On achète en moyenne comme le marché.
  • Prix cible: on définit au préalable des niveaux haut et bas de marché, et on clique (tout ou partie) sur atteinte de ces seuils. L’avantage de cette méthode est qu’elle permet de profiter des baisses de marché, tout en se protégeant contre les trop fortes hausses. En revanche, elle requiert une implication et un suivi de la part du consommateur et de son fournisseur.

 

prix indexé gazUn prix indexé, enfin, permet à un consommateur de lier son prix à l’évolution des prix de gros. Sur le marché du gaz naturel, l’indexation la plus courante est le « Monthly Index ». A savoir : chaque mois, le prix du gaz naturel évolue, en fonction des cotations sur les marchés de gros. Ce genre de structure de prix permet de rester « collé » au marché, ce qui peut avoir un avantage dans le cas par exemple d’un industriel gazo-intensif, pour lequel la facture de gaz est un facteur important de compétitivité. Il s’agit également d’une structure de prix opposable : un consommateur peut faire le choix de payer « au prix de marché ». En revanche, son principal inconvénient est l’absence totale de visibilité. Pour cette raison, ce type de structure de prix peut être associé à une possibilité de prix « clic » pour les années futures. On parle alors de contrat « SWAP »[3].

 

Le tableau ci-dessous résume les principales caractéristiques des structures de prix évoquées précédemment.

Structure de prix énergie Avantage Inconvénient
100% fixe Simplicité, visibilité Pas de « valeur temps »
Clic Compétitivité Complexité
Indexé Corrélation marché Peu de visibilité

 

Et pourquoi pas du gaz « vert » ?

 Le gaz « vert », ou biométhane, est issu de la méthanisation de déchets (municipaux, agricoles, domestiques…). Il s’agit donc d’un gaz « renouvelable », dont la combustion n’émet pas plus de CO2 que la dégradation normale des déchets. Certains fournisseurs peuvent proposer, en option, des offres de gaz vert. Malheureusement, la filière étant encore peu mature, les volumes restent limités et les prix élevés. Ainsi, même si la consommation de biométhane donne droit à une exonération fiscale dans la facture de gaz[4], on estime le surcoût dans le prix final à plus de 8 € / MWh . Ainsi, faire le choix de consommer un gaz « vert » reste un geste relativement onéreux. En outre, tous les fournisseurs ne sont pas en capacité d’en proposer.

 L’impact des « CEE » sur le prix du gaz, un coût à ne pas négliger

Contrairement à ce que l’on pourrait penser les CEE ne font pas partie des paramètres d’une offre mais   sont un élément constitutif du prix du gaz. En effet, le mécanisme des Certificats d’Economie d’Energie (CEE) est une réglementation qui s’applique aux fournisseurs d’énergie.[5] Son objectif est d’inciter les consommateurs à effectuer des actions d’économie d’énergie (isolation, appareils plus efficaces…). Le tout étant financé par les consommateurs d’énergie eux-mêmes, au travers de leur prix de fourniture. Attention : ce coût lié au mécanisme des CEE est la plupart du temps indexé sur l’évolution de la réglementation, même dans le cas d’un prix « fixe ».

 

Le conseil d’Opéra Energie

En matière de choix d’une offre d’énergie, il ne saurait y avoir de « bonne » ni de « mauvaise » décision. Tout format d’approvisionnement peut se justifier, au regard d’une stratégie d’achat associée. Il est donc essentiel qu’une entreprise définisse au préalable ses objectifs prioritaires au regard de son contrat de fourniture de gaz : est-ce la visibilité (sur une ou plusieurs années) ? Ou la compétitivité du prix ? Leader du courtage en énergie pour les entreprises, Opéra peut vous accompagner de la définition de votre stratégie d’achat jusqu’à sa mise en œuvre.

 

[1] On parle de prix « Calendar N+1 ».

[2] Vous pouvez également accéder aux analyses mensuelles de nos experts sur la page : https://media.opera-energie.com/analyse-prix-gaz-avril-2019/.

[3] En finance de marché, un swap est un contrat d’échange entre formules de prix différentes. Ici, entre un prix fixe et un prix indexé.

[4] Tout MWh de biométhane d’origine francaise est exonéré de Taxe Intérieure sur la Consommation de Gaz Naturel (TICGN), soit 8,45 € / MWh.

[5] Voir : https://media.opera-energie.com/cout-cee-transition-energie/