chantier gazprom achevé

Après de nombreux rebondissements, le gazoduc Nord Stream 2 est «entièrement achevé», selon le russe Gazprom. Ce pipeline, qui relie la Russie à l’Allemagne, vise à doubler la quantité de gaz russe livrée chaque année à l’Europe via la mer Baltique.

Nord Stream 2 voit enfin le jour

« Le président du conseil d’administration, Alexeï Miller, a annoncé pendant la réunion matinale de Gazprom que la construction de Nord Stream 2 a été totalement achevée ce matin à 08:45, heure de Moscou » , a déclaré la société russe, 1er exportateur de gaz en Union Européenne,  dans un communiqué.

Le gazoduc n’est cependant pas encore immédiatement opérationnel. Il devra d’une part se conformer au droit européen et prévoir un accès au tiers : autrement dit, être ouvert à d’autres fournisseurs que Gazprom. D’autre part, un process de certifications est en cours ( du tube notamment ), une étape qui peut prendre du temps.

Du temps, Nord Stream 2 en pourtant déjà pris !

La construction du gazoduc de 1200 km de long et d’une capacité d’approvisionnement annuelle de 55 mds m3 de gaz a duré 5 ans. 5 ans de chantier marqués par de nombreux et forts heurts politiques, à tel point que le pipeline a gagné le nom de « gazoduc de la discorde ».

Un projet controversé

Nord Stream 2 a en effet été source d’importantes tensions sur la scène géopolitique internationale : Washington alerte d’une hausse de la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe ; l’Ukraine craint de perdre une importance source de revenus ( Nord Stream 2 contourne en effet la voie de livraison traditionnelle via l’ Ukraine ) ; la Pologne et les pays Baltes redoutent une résurgence de l’influence russe en Europe…

Même en Allemagne, pourtant nation partie prenante du projet ( le gazoduc lui permet de devenir un hub énergétique de 1er ordre), les critiques ont été vives.

Point d’orgue de la crise, en 2019, l’administration Trump frappe de sanctions toutes les entreprises impliquées dans sa construction ( dont l’entreprise norvégienne initialement choisie pour la certification du tube, qui se retirera). Le chantier s’interrompt en décembre, alors qu’il ne reste que 150 kilomètres de tube à poser.

Il ne reprendra qu’un an plus tard, malgré la continuité des sanctions américaines.

Berlin et Washington trouvent un accord

Mais, revirement surprise, fin mai 2021, le nouvel hôte de la Maison blanche décide de lever les sanctions.

Une nouvelle étape vers l’apaisement est franchie en juillet : Joe Biden et Angela Merkel s’accordent sur un texte visant à empêcher la Russie de se servir de l’énergie pour nuire à l’Ukraine.

« Si la Russie devait tenter d’utiliser l’énergie comme une arme ou commettre d’autres actes agressifs à l’égard de l’Ukraine, l’Allemagne prendra des mesures au niveau national, et fera pression pour des mesures efficaces au niveau européen, y compris des sanctions, pour limiter les capacités d’exportation russes vers l’Europe dans le secteur énergétique » déclarent les deux pays dans le communiqué.

Le gaz devra également continuer de « transiter par l’Ukraine après 2024 », échéance actuellement prévue dans un accord avec Moscou : « L’Allemagne s’engage à utiliser tous ses moyens de pression pour faciliter une extension pouvant aller jusqu’à dix ans supplémentaires » de cet accord sur le transit, et va nommer « un émissaire spécial pour soutenir ces négociations »

Enfin, la chancelière allemande s’est engagée à « créer » un « fonds vert » pour « soutenir la transition énergétique de l’Ukraine », initialement abondé par l’Allemagne à hauteur d’au moins 150 millions d’euros, afin de «promouvoir et soutenir des investissements pour au moins un milliard de dollars».