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L’hydrogène propre pourrait-il devenir moins cher que le gaz naturel ? Une hypothèse à envisager selon le rapport publié ce jour par le centre de recherche dédié à la transition énergétique, BloombergNEF.

Hydrogène vert, de quoi parle-t-on ?

L’hydrogène vert est fabriqué par un processus d’électrolyse de l’eau avec de l’électricité exclusivement d’origine renouvelable (produite par exemple par des installations solaires, éoliennes ou hydroélectriques). De nombreuses voies de valorisation sont possibles : décarboner l’industrie lourde en venant se substituer au gaz ou au charbon (power to industry), verdir la mobilité en valorisant l’hydrogène comme carburant (l’hydrogène offre en effet davantage d’autonomie que des batteries ) et pallier l’intermittence des EnR en permettant de stocker l’énergie.

On le sait, la production des énergies renouvelables évolue en fonction des conditions météorologiques. Lorsqu’elle est supérieure à la demande, le surplus peut être utilisé pour la production d’hydrogène vert. Et cet hydrogène, stocké puis converti en électricité, peut ensuite être injecté dans les réseaux lorsque la production d’énergie renouvelable est trop faible (power to gas).

Une solution idéale pour régler le problème d’intermittence des EnR et assurer la sécurité de l’approvisionnement. Cependant la mise en œuvre est loin d’être simple et surtout très onéreuse.

L’hydrogène vert coûte cher

Le process de production de l’hydrogène « vert » est en effet beaucoup plus cher que l’hydrogène fabriqué par vaporeformage (l’hydrogène gris). On l’estime 4 fois supérieur : produire 1 kg d’hydrogène vert coûte entre 5 € et 6 €, contre 1,5 € seulement pour 1 kg d’hydrogène gris.

Mais c’était sans compter la baisse des prix de l’électricité solaire : « Nous pensons maintenant que l’électricité photovoltaïque sera 40% moins chère en 2050 que ce que nous pensions il y a tout juste deux ans » écrivent ainsi les experts de BNEF dans leur rapport, avant d’ajouter que « Les coûts de production de l’hydrogène vert à partir d’électricité renouvelable devraient chuter jusqu’à 85% d’ici à 2050 ». S’appuyant sur l’étude de 28 marchés qui représentent un tiers du PIB mondial, ils estiment que l’on peut s’attendre à un coût inférieur à 1 $ le kilo.

Selon eux, l’hydrogène vert sera certainement meilleur marché que l’hydrogène bleu (hydrogène d’origine fossile mais produit avec capture et séquestration du CO2) d’ici 2030 et bien plus compétitif que l’hydrogène gris d’ici 2050.

Ils présument même que d’ici 2050 cette énergie pourrait être même moins chère que le gaz naturel, et ce dans 15 des 28 pays étudiés.

« Des coûts aussi bas pour l’hydrogène d’origine renouvelable peuvent complètement redessiner la carte énergétique » commente Martin Tengler, analyste chez BNEF. « A l’avenir, au moins 33% de l’économie mondiale pourrait utiliser de l’énergie propre sans débourser un centime de plus que pour de l’énergie fossile » A condition que l’hydrogène vert bénéficie  d’un « soutien continu des gouvernements » souligne t-il.

Mobilisation européenne en faveur de l’hydrogène vert

Soutenir l’hydrogène vert ? C’est en tout cas le choix de l’Union européenne qui a initié une politique volontariste en sa faveur.  Sa feuille de route sur le sujet présentée l’an dernier prévoit ainsi une une part de 14 % de l’hydrogène dans la consommation finale d’énergie à horizon 2050 (vs 2 % aujourd’hui). Bruxelles évalue le financement entre 180 et 470 milliards d’euros. Un premier objectif de 6 GW de production d’hydrogène vert est fixé pour 2024, et 40 GW en 2030. Pour y parvenir, une « Alliance européenne pour un hydrogène propre » a même été créée sur le modèle de l’« Alliance européenne des batteries », créée en 2017.

La France n’est pas en reste avec un plan hydrogène de 7 milliards d’euros annoncé à l’automne dernier.