Vers une fusion du marché gazier en France

En gaz naturel, le réseau de transport est aujourd’hui rattaché à deux places de marché : le Point d’Echange de Gaz (PEG) Nord et la Trading Region South, ou TRS. C’est là que se déroulent les transactions entre les opérateurs pour que le gaz soit acheminé vers les clients partout en France. Au terme d’un processus de plusieurs années qui a vu le marché se restructurer pour gagner en fluidité et en liquidité, les points d’échange gaziers fusionneront au 1er novembre 2018 pour créer une place de marché unique avec un seul point d’échange pour le gaz, le PEG. Avec à la clé, un marché gazier français plus compétitif et plus axé sur le consommateur.

Une réduction progressive des points d’échange gaziers

Aujourd’hui et depuis le 1er avril 2015, les achats et ventes de gaz naturel sur le marché de gros en France se matérialisent par des livraisons physiques à deux points d’échange de Gaz (PEG) virtuels, rattachés aux trois zones d’équilibrage du réseau de transport français :

  • le PEG Nord, rattaché à la zone du réseau GRTgaz Nord ;
  • la TRS (Trading Region South) rattachée aux zones d’équilibrage de GRTgaz Sud et de TIGF.

Comme leur nom l’indique, ces zones servent à équilibrer les quantités de gaz entrées sur le réseau pour être consommées par les clients.

Le principe ? Les utilisateurs (les expéditeurs) du réseau de transport d’une zone, nord ou sud, s’approvisionnent auprès du PEG correspondant en rémunérant GRTgaz, le gestionnaire du réseau de transport gazier de la zone nord, ou Teréga (ex TIGF) pour la zone sud. Le prix du gaz varie donc d’un PEG à l’autre, en fonction de l’offre et de la demande des opérateurs et fournisseurs, et des capacités disponibles. GRTgaz et Teréga gérant l’acheminement des capacités, ils sont chargés de veiller à ce que la quantité de flux entrants corresponde aux soutirages au sein de chaque zone.

Le découpage actuel est le résultat d’une reconfiguration amorcée en 2003 au moment où le marché français comptait 8 zones identifiées en fonction des points d’entrée et de sortie du gaz. Une organisation passée à 5 places en 2005, puis à trois en 2009 avec la constitution du PEG Nord, et enfin à 2 en 2015 lorsqu’est née la zone TRS, résultat de la fusion entre le PEG Sud et le TIGF. Un processus de restructuration qui s’apprête à franchir une nouvelle étape le 1er novembre 2018 : la mise en place d’un marché unifié sur tout le territoire, une source d’opportunités majeures pour le marché français de l’énergie.

Les limites de la partition actuelle : congestion du réseau et différentiels de prix entre les zones d’échange gaziers nord et sud

Certes, la mise en place de la zone TRS a eu des effets positifs, en permettant de réduire le différentiel nord/sud de prix du gaz, de renforcer la liquidité dans les deux zones, de simplifier l’accès des clients au marché de gros du gaz dans le sud de la France et d’accroître les possibilités d’arbitrage. Mais des déséquilibres subsistent et nuisent aux consommateurs, aussi bien en termes de compétitivité des prix – au détriment des consommateurs de la région TRS –  que de couverture des besoins.

Le PEG Nord, qui représente les 2/3 de la consommation du territoire, est en effet beaucoup plus interconnecté aux réseaux européens du nord et dispose donc de plus de souplesse. La zone TRS dépend, elle, d’un seul point d’entrée, à hauteur de 40% en moyenne, celui du terminal de gaz naturel liquéfié de Fos-sur-Mer. De cette sensibilité au coût du GNL dans le sud, il résulte des différentiels de prix susceptibles de pénaliser les clients de la région. Sans compter que les capacités de transport entre les deux zones sont congestionnées, notamment pendant les pics de basse température et de consommation intensive, accroissant par là même les spreads entre les prix du gaz au niveau du PEG Nord et de la zone TRS. Autant de facteurs qui ont conduit à la décision d’une zone de marché unique du gaz en France au 1er novembre 2018, avec une feuille de route ambitieuse.

 

Infrastructures gazières renforcées et mécanismes contractuels en vue de la fusion des PEG

Pour aboutir à la création d’un marché gazier unique, plusieurs schémas ont été envisagés. L’objectif est en effet majeur : fluidifier les échanges entre les deux zones pour satisfaire les besoins en gaz dans la zone TRS et pour stabiliser les prix, même en période hivernale. C’est finalement un programme d’investissements sur deux axes, d’un coût global de 850 millions d’euros1, qui a été lancé pour mettre à niveau le réseau de distribution français et réduire les goulots d’étranglement :

  • Le renforcement de l’artère Val de Saône, porté par GRTgaz. Il s’agit de la construction d’un gazoduc de 190 km de long entre Etrez dans l’Ain et Voisines en Haute-Marne. Il permettra de doubler la capacité de transit du gaz entre les zones nord et sud en vue de fluidifier le réseau.
  • Le projet Gascogne-Midi, sous l’égide de Teréga prévoit, lui, de relier le quart Sud-Ouest au port de Fos-sur-Mer par la construction d’une canalisation de 61,8 km.

Ces grands chantiers ne permettront pas de résorber totalement les congestions nord-sud. Des mécanismes de marché encore à l’étude seront mis en place pour limiter les saturations qui pourraient ponctuellement survenir…

La Trading Region France : les nouvelles opportunités d’une place de marché unique pour échanger le gaz sur le territoire

La Trading Region France (TRF) constituera donc une zone unique d’entrée et de sortie. Un seul point d’échange virtuel de gaz, le PEG, concentrera les achats et ventes de gaz pour l’ensemble de la TRF. Et ce sont les consommateurs qui devraient profiter des multiples bénéfices générés par cette nouvelle organisation du marché gazier : renforcement de la sécurité d’approvisionnement en facilitant l’accès aux différentes sources de gaz, mise en place d’un prix unique en tout point du territoire, baisse du prix du gaz au sud grâce à un transit plus fluide entre les deux zones, meilleure disponibilité du réseau etc. L’objectif de cette zone unifiée est bel et bien d’aboutir à un marché français moins volatil, plus compétitif et mieux intégré au marché européen.

Certes, quelques interrogations, plus ou moins partagées, subsistent à l’approche de ce bouleversement : les défauts structurels de la zone TRS ne risquent-ils pas d’entraîner les prix à la hausse au moment de la fusion ? Les problématiques de liquidités seront-elles intégralement résolues ? L’enjeu est de taille tant le succès du PEG unique pourrait servir de modèle à des projets similaires dans d’autres pays européens. Premiers éléments de réponse dans quelques mois à peine…