Entre juillet 2014 et janvier 2016, les cours du pétrole ont été divisé par trois, impactant l’ensemble des produits énergétiques.
Comment ont évolué les prix de l'énergie de 2014 à 2016 ?

Entre juillet 2014 et janvier 2016, les cours du pétrole ont été divisé par trois, impactant l’ensemble des produits énergétiques.

Ainsi les prix de gros du gaz et de l’électricité ont vu leur valeur baisser d’un quart depuis fin 2014.

Et, depuis l’été 2015, la baisse s’accentue : alors que le monde pensait entrer dans une ère de l’énergie chère, nous revoilà au niveau de prix du début des années 2000. Voici quelques explications.

Le graphique ci-dessous compare les évolutions des cours du pétrole (€ / baril), gaz et électricité (€ / MWh) entre octobre 2013 et janvier 2016, en France.

Graph Oil,Power Gas

Nous pouvons constater une baisse générale de l’ensemble des cotations depuis l’été 2015. Le lien entre le prix du baril de pétrole et le prix de gros sur le marché du gaz est assez direct : les fournisseurs de gaz s’approvisionnent historiquement auprès des producteurs selon des formules indexées sur le cours du pétrole. Cette corrélation est amenée à diminuer, avec l’émergence des places de marché de gros de gaz. Le lien avec le prix de gros de l’électricité est plus étonnant, alors que la production nucléaire est une des spécificités Françaises (80% de notre électricité est d’origine nucléaire).

Deux raisons principales :

  • Le cours de l’électricité en France dépend des cours dans les pays limitrophes (Allemagne notamment), du fait des interconnexions. Or, l’Allemagne produit environ la moitié de son électricité par des énergies fossiles.
  • Même en France, lorsque 80% de l’électricité est produite par des centrales nucléaires, le prix de gros de l’électricité doit couvrir le coût de production des centrales à gaz et charbon (environ 10% de la production), même s’il est plus élevé. Sinon, ces centrales ne pourraient pas tourner et pourraient mettre en péril l’équilibre du réseau. C’est le principe du « merit order» (voir notre article sur le merit order).

La baisse mondiale des prix du pétrole et du gaz entraîne donc une baisse des prix de l’électricité en France.

Au cours des derniers mois, c’est une conjugaison de deux facteurs qui a fait plonger mécaniquement les cours du pétrole : baisse de la demande et surabondance de l’offre.

Baisse de la demande :

Le plus grand consommateur de pétrole et de gaz naturel est essoufflé : la Chine voit sa croissance ralentir pour différentes raisons, à la fois nationales (complexification du droit social, hausse du coût du travail…) et internationales (reprise difficile de l’économie mondiale suite à la crise…). La conséquence directe est une baisse des commandes de pétrole et de gaz naturel de ce géant.

Par ailleurs, la demande européenne en gaz et pétrole stagne également. Les raisons : la faible reprise d’activité post-crise et, dans une moindre mesure, les résultats des actions d’efficacité énergétique dans l’industrie.

Enfin, le Japon réoriente à nouveau sa production d’énergie vers le nucléaire, ce qui met fin à son élan vers le gaz entamé suite à la catastrophe de Fukushima (qui avait fait bondir les cours mondiaux du gaz naturel).

Surabondance de l’offre :

Bien entendu, la principale révolution de ces dernières années, qui a orienté les cours du pétrole à la baisse, est l’exploitation massive du gaz et pétrole de schiste. Mais c’est l’Arabie Saoudite qui est au cœur de la baisse des cours depuis plusieurs mois. En effet, le premier producteur mondial, possédant un des coûts d’extraction le plus bas de la planète, jouait historiquement le rôle de régulateur, en ralentissant sa production pour soutenir les cours, lorsque nécessaire. Or, depuis décembre 2014, l’OPEP, menée par l’Arabie Saoudite, cherche à tuer une partie de cette nouvelle concurrence du pétrole de schiste, quitte à sacrifier leurs revenus à court terme.

Stratégie potentiellement gagnante : de nombreux producteurs américains de pétrole de schiste, dont les coûts d’extraction sont relativement élevés, ont dû mettre la clef sous la porte. La production américaine a ainsi diminué à l’automne 2015. Mais l’Arabie Saoudite a d’autres cibles en tête : la Russie et l’Iran, qui menacent ses parts de marché.

Or, la baisse des cours du pétrole impacte fortement l’économie de nombreux pays producteurs. La Russie et le Venezuela cherchent actuellement assouplir la position de Riyad : à suivre…

Pour les consommateurs français, cette baisse des cours de l’énergie est une bonne nouvelle. En effet, cela peut se traduire par une baisse de la facture de gaz et d’électricité de plus de 10%.