techniciens EDF avec casques devant lignes électrique

EDF a annoncé avoir demandé à l’équipementier Framatome (ex Areva NP) « de lancer la production de certaines pièces forgées » pour de nouveaux EPR. Une décision qui interpelle étant donné que le gouvernement français ne s’est pas prononcé quant au lancement ou non d’un programme de construction de réacteurs.

EDF embrasse une posture proactive

EDF a néanmoins motivé sa décision, expliquant ainsi à l’AFP que « Sans préjuger de la décision qui sera prise par le gouvernement de renouveler ou non le parc nucléaire, EDF, en sa qualité d’industriel responsable et en tant que chef de file de la filière nucléaire, met tout en œuvre pour s’assurer que le tissu industriel sera en capacité d’honorer la construction de nouveaux EPR si une décision était prise en ce sens ». Mieux vaut prévenir que guérir donc.

La visite présidentielle au Creusot, une sorte de feu vert ?

Flash-back. Le 8 décembre dernier, Emmanuel Macron se rendait sur le site industriel de Framatome au Creuzot. Une visite à l’occasion de laquelle le Président a rappelé l’importance de la filière nucléaire, ainsi qu’en témoigne son discours, retranscrit sur le site de l’Elysée.

« Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaireComme le souligne le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’énergie nucléaire est l’énergie non-intermittente qui émet le moins de CO2. Pour produire 1 KWh, la centrale à charbon émet 1000g de CO2 lorsque la centrale nucléaire n’en émet que 6g. En générant plus de 41 % de l’énergie en France, le nucléaire nous rend autonome. Il permet également de préserver le pouvoir d’achat des Français avec un KWh en moyenne 40 % moins cher que chez nos voisins européens.  L’atome doit donc continuer à être un pilier du mix énergétique français pour les décennies à venir.

Notre avenir économique et industriel passe par le nucléaire : 3 000 entreprises, 220 000 emplois, 5 000 recrutements prévus en 2021 malgré la crise. Le nucléaire est la troisième filière industrielle en France. Peu de secteurs offrent autant de perspectives, en particulier à notre jeunesse et partout sur le territoire. Le nucléaire, c’est également un savoir-faire qui s’exporte partout dans le monde avec un excédent commercial de 7 milliards d’euros. 

Cet atout majeur doit être consolidé. 

C’est pour cela, que dans le cadre de France Relance, le Gouvernement a fait le choix d’investir près de 500 millions d’euros dans la filière nucléaire. Doté de 100 millions dès 2021, ce fonds visera à soutenir les acteurs stratégiques de la filière qui seraient en difficulté.  Ce fonds sera complété par un fonds de modernisation de 70 millions d’euros pour les entreprises de la filière.  France Relance permettra également le projet de SMR qui sont des petits réacteurs nucléaires modulaires.

Enfin, c’est l’avenir stratégique de la France qui passe par le nucléaire :  La dissuasion, les sous-marins, le porte-avions Charles de Gaulle… Tout ce qui fait que la France est une puissance indépendante, écoutée, respectée, repose sur la filière nucléaire. »

Quid du 100 % EnR présenté par RTE et l’AIE ?

Une étude menée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le gestionnaire du réseau RTE a en effet été publiée le 27 janvier présentant les conditions techniques requises au passage à une électricité 100 % issue des énergies renouvelables à l’horizon 2050. Un rapport que la ministre de la Transition écologique a salué comme « un moment copernicien pour le monde de l’énergie. », ajoutant que « Nous avons désormais la confirmation que tendre vers 100 % d’électricité renouvelable est techniquement possible. ».

Techniquement certes ( soumis néanmoins à conditions, comme le souligne à plusieurs reprises le rapport), mais les impact financiers, sociaux et même environnementaux devront encore faire l’objet d’études ultérieures.

En attendant, le rapport n’a pas manqué de faire débat. Le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire) a par exemple immédiatement réagi, par voie de communiqué de presse.

« RTE et l’AIE précisent tout d’abord que cette étude ne prend en compte que la dimension technique et non les dimensions économique, environnementale et sociétale, c’est-à-dire l’ampleur des changements de modes de vie qui seraient nécessaires pour mettre en œuvre un mix majoritairement renouvelables. » rappelle le groupement. « Sous l’angle technique présenté aujourd’hui, il faut déjà noter que les scenarios envisagés sont conditionnés à des impératifs stricts, cumulatifs, et difficiles à atteindre, en termes de stabilité du système électrique, de sécurité d’alimentation, de réserves opérationnelles ainsi que de développement des réseaux et des infrastructures. La problématique de l’intermittence des énergies renouvelables reste donc entière… ».

« Un scénario à 100% ou majoritairement renouvelables n’est donc pas réaliste. » Pour autant, le nucléaire et les énergies renouvelables ne doivent pas être opposées mais pensés en « complémentarité ». « Devant l’urgence climatique, l’ensemble des sources d’énergie bas carbone doivent être mobilisées. » conclut le GIFEN.

Le même jour, en marge d’une visite ministérielle du Commerce extérieur, le directeur exécutif d’EDF en charge de l’ingénierie et des nouveaux projets nucléaires a d’ailleurs tenu des propos similaires : « Parier sur un système électrique qui s’appuie sur les deux jambes du renouvelable et du nucléaire, de manière équilibrée, c’est une voie pragmatique, manoeuvrante… » a ainsi déclaré Xavier Ursat.

Une phrase qui sonne comme un appel à l’entente, alors même que les discussions avec Bruxelles quant à l’avenir du groupe EDF sont au point mort.