Baisse de la conso d'élec mars 2020

C’était inévitable : la crise du coronavirus Covid-19 et les mesures de confinement qui en découlent ont un très fort impact sur les consommations d’énergie, et d’électricité en particulier. En France, les entreprises et professionnels représentent 47% de la consommation d’électricité, suivi de 36% pour les ménages et 17% pour les grandes industries.

Or, si le confinement imposé depuis le 16 mars dernier devrait faire augmenter la quantité d’électricité utilisée par les foyers, la chute d’activité des secteurs tertiaire et industriel devrait avoir une conséquence sur la consommation d’énergie.

Vers une baisse de plus de 10% de la consommation d’électricité du pays ?

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, estimait une baisse de 10% de la consommation d’électricité pour le lundi 16 mars, « par rapport à un lundi normal de mars »[1]. Cela représente environ 5 GW, soit la puissance de 5 réacteurs nucléaires. Nos analyses confirment cette baisse : le graphique ci-dessous compare l’évolution de la puissance moyenne d’électricité soutirée sur le réseau chaque jour (en rouge), par rapport à une situation théorique, sans crise sanitaire. Nous retrouvons une diminution de 10% le 16 mars, qui s’est probablement accentuée dans les jours suivants.

L’observation des « courbes de charge » (données brutes de consommation, quart d’heure par quart d’heure, en MW), confirme cette baisse sensible. Le schéma ci-dessous compare la courbe de charge France des deuxième et troisième semaine de mars (cette dernière démarrant le lundi 16 mars).

T2

Un contexte tellement incertain que même RTE peine à anticiper !

Le contexte actuel est tellement exceptionnel et incertain, que même RTE peine à le comprendre et à l’anticiper. En effet, le transporteur effectue chaque jour des prévisions de la courbe de charge du lendemain. Cette prévision est ensuite ajustée au jour le jour. Ces prévisions, d’habitude très fiables, ont été chamboulées par la mise en place du confinement le 17 mars. La veille pour le lendemain, RTE avait nettement sous-estimé la consommation du lundi, puis du mardi, avant de faire l’erreur inverse le mercredi.

Nul doute que les habitudes des entreprises et des ménages devraient se stabiliser dans les jours à venir, même en cette période de crise, et permettre à RTE d’y voir un peu plus clair.

Des analyses à affiner, secteur par secteur

Il convient néanmoins de relativiser ces analyses, basée sur des données brutes et globales. En effet, l’effet du climat a un impact fort sur la consommation d’électricité. En hiver, la baisse de 1°C de la température extérieur fait augmenter la puissance moyenne soutirée de plus de 2 000 MW. La douceur actuelle du climat pourrait ainsi expliquer une partie de la baisse de consommation. Aussi, la consommation totale d’électricité regroupe plusieurs dynamiques très différentes : les consommateurs particuliers, confinés chez eux, devraient voir leur consommation augmenter sensiblement. En sens inverse, les secteurs industriel et tertiaire devraient voir leur consommation s’effondrer. Il faut, pour confirmer cela, attendre la publication par RTE des premières données sectorielles.

Un effet sensible sur les prix

Ce qui est d’ores et déjà certain, c’est l’effet de cette baisse de la demande sur les prix de gros de l’électricité. Avec la chute des prix du pétrole, du gaz, du CO2, et de la demande, plus rien ne semble empêcher une baisse sérieuse des prix. Ces derniers sont déjà passés sous le niveau de l’ARENH (Accès Réglementé à l’Electricité Nucléaire Historique), soit moins de 40 €/MWh. On est encore loin du point bas historique d’avril 2016, à 25 €/MWh.
Mais qui peut se targuer de savoir ce que l’avenir nous réserve… ?

[1] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/coronavirus-la-consommation-francaise-delectricite-chute-de-10-dun-coup-1185899