La hausse des prix de l’électricité a placé le dispositif ARENH sous le feu des projecteurs. Retour sur un mécanisme compétitif, mais associé à plusieurs incertitudes, dès 2019.

Le regain d’intérêt que connaît l’ARENH est l’occasion d’analyser les enjeux actuels liés à un mécanisme qui permet aux fournisseurs concurrents de EDF de lui acheter des volumes d’électricité d’origine nucléaire, pour approvisionner leurs propres clients. Un mécanisme compétitif, mais associé à plusieurs incertitudes, dès 2019.

Les fournisseurs d’électricité et l’ARENH

Mis en place en 2011, le dispositif ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) donne la possibilité aux fournisseurs alternatifs d’accéder à l’électricité produite par les centrales nucléaires historiques d’EDF. La loi NOME, dans laquelle s’inscrit ce dispositif, oblige en effet EDF à céder un quart de sa production annuelle, soit jusqu’à 100 TWh, aux autres fournisseurs et à un prix régulé. Fixé à 42€/MWh depuis 2012, le prix de l’ARENH est censé permettre aux fournisseurs alternatifs de s’approvisionner dans des conditions économiques équivalentes à celles supportées par EDF. Par suite, les clients des fournisseurs alternatifs peuvent ainsi bénéficier de l’avantage nucléaire historique, au même titre que les usagers de l’électricien français.

Si lors de la mise en place du dispositif, le prix de l’ARENH était nettement plus compétitif que les prix de gros de l’électricité, la situation a changé depuis 2014. Ce qui a incité les fournisseurs à s’approvisionner directement sur la bourse de l’électricité. Mais qu’en est-il aujourd’hui, et plus encore qu’en sera t-il demain ?

L’ARENH, un prix bien plus compétitif que les prix de marché actuel

Le nouveau regain d’intérêt pour l’ARENH s’explique par la récente hausse des prix sur les marchés de l’électricité, rendant un approvisionnement sur les marchés de gros moins compétitif que via ce dispositif réglementaire.

Rappelons également que l’achat d’ARENH donne droit à des garanties de capacité, cédées gracieusement. Ainsi, si le prix officiel de l’ARENH est fixé à 42€/MWh, on estime que le prix corrigé de ce bénéfice additionnel est de l’ordre de 40 €/MWh.

schéma évolution prix élec et prix arenh

 

Les risques réglementaires pesant sur l’ARENH, dès le 1er janvier 2019 !

Même si le prix de l’ARENH est fixe depuis 2012 et ne devrait pas changer en 2019, il pourrait évoluer dès 2020. La Cour des Comptes avait proposé en ce début d’année 2018 de modifier le mécanisme ARENH, en termes de prix et de conditions, afin de l’adapter aux coûts croissants du nucléaire. Toutefois, une hausse sensible semble peu probable, puisque le niveau du Tarif Réglementé de Vente d’électricité pour les particuliers dépend notamment du prix de l’ARENH. Or, les Pouvoirs Publics ne laisseraient vraisemblablement pas s’envoler la facture d’électricité de 30 millions de foyers…

 

En revanche, les offres ARENH peuvent varier au gré des évolutions réglementaires. En effet, les prix de fourniture des contrats d’ARENH pourraient être amenés à augmenter en cas de dépassement du seuil « plafond » de 100 TWh de volume d’électricité nucléaire. Un niveau tutoyé en 2018, , qui pourrait être largement dépassé en 2019. L’impact sur la facture des consommateurs ne serait pas négligeable : un dépassement de 25% du plafond impliquerait une hausse du budget électricité de quasiment 3% pour les entreprises concernées.

À cette incertitude, s’ajoutent enfin les déclarations, en mai 2018 du PDG d’EDF qui souhaite mettre fin au dispositif … ce qui paraît tout de même peu vraisemblable.

Offre de fourniture ARENH ou offre à prix fixe : que choisir ?

L’ARENH est prévu pour durer jusqu’en 2025. Si le dépassement du plafond est assez probable dès 2019, la suppression de ce mécanisme reste, quant à elle, peu plausible. EDF pourrait néanmoins obtenir une hausse sensible de son prix en contrepartie, dès l’année 2020. Selon les experts d’Opéra Énergie, souscrire à un prix ARENH semble un choix avisé, au vu des écarts avec les prix de marché. Attention cependant aux risques réglementaires, en particulier le dépassement du plafond de 100 TWh qui pourrait faire augmenter les prix de contrat électricité de 1% à 3% dès janvier 2019, et l’évolution possible, mais a priori limitée, du prix ARENH dès 2020. Cependant, même en prenant en compte ces hausses probables, l’ARENH reste le choix le plus compétitif en cette fin d’année 2018.